
Vers l’élaboration d’une feuille de route pour prévenir et lutter contre la corruption dans le secteur des transports.
09/12/2024 Par Par Eric Hervé Mouélé Mouélé-TON
Ce 09 décembre 2024, à l’instar de la Communauté internationale, le Gabon a célébré la journée internationale de lutte contre la Corruption. Des assises organisées par la Commission Nationale de lutte contre la Corruption et l’Enrichissement Illicite, sous le thème : « La lutte contre la Corruption et l’Enrichissement Illicite dans le secteur des Transports ». Cet évènement a été rehaussé par la présence du Premier-Ministre, Chef du Gouvernement de Transition, Raymond Ndong et plusieurs Présidents d’Institutions Constitutionnelles et Autorités administratives indépendantes, les partenaires au développement, les responsables administratifs de ce département ministériel, ainsi que les usagers.
Tout a été dit ou Presque sur la corruption et l’enrichissement illicit dans ce secteur structurant de l’économie et de la vie sociale, à savoir leurs causes et les risques , aussi bien dans l’allocution du Président de la Commission de Commission Nationale de lutte contre la Corruption et l’Enrichissement Illicite, Nestor Mbou que celle du Premier Ministre, Chef du Gouvernement de Transition, Raymond Ndong Sima. S’y ajoute la phase des travaux.
Le Premier a dénoncé l’absence de probité des agents du ministère des transports et les dommages collatéraux liés, notamment à la délivrance des documents de transports, avant d’exhorter ces derniers à plus de responsabilité. « Lorsque nous examinons la corruption, comme c’est le cas aujourd’hui dans notre pays, le tableau est sombre. Nous devons faire preuve de réalisme sur la question pour tenter d’y remédier. Nous n’en voulons pour preuve que la délivrance complaisante et anarchique des documents de transports ; les accidents terrestres, maritimes, aériens et ferroviaires ; la déperdition des recettes de l’Etat (...). Il a par ailleurs relevé que certains accidents graves et tragiques dans le secteur des transports sont la résultante d’actes de corruption orchestrés par les agents de ce département ministériel. « S’agissant particulièrement des accidents dans ce secteur, chacun doit faire son introspection et admettre que les vices qui sont à la base des catastrophes que le pays a connues trouvent leur fondement dans nos habitudes déviantes, d’irresponsabilité, parfois de cupidité lorsqu’on tolère des situations qu’on sait parfaitement dangereuses parce qu’on en tire un bénéfice pécuniaire. », a-t-il déploré.
A l’adresse des autorités de nomination, Nestor Mbou a invité ces derniers à plus de rigueur et d’objectivité dans le choix des responsables des différents services et leur doter de moyens conséquents pour accomplir convenablement les missions assignées. « (…) mettons l’homme qu’il faut à la place qu’il faut avec des bonnes procédures, des enquêtes de moralité et dotons nos administrations des moyens suffisants et la corruption n’aura plus sa place. », a-t-il exhorté.
Le second a, pour sa part, pointé le curseur sur deux modes de transports qu’il trouve particulièrement sujets à corruption et d’enrichissement illicite : le transport terrestre et le transport maritime. Sans fioritures, Raymond Ndong Sima décrit ces fléaux comme « l’ensemble des tracasseries que les usagers rencontrent sur les axes routiers et les zones portuaires ».
S’agissant des tracasseries sur les axes routiers, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement de Transition a indiqué qu’ « elles se caractérisent par la multiplication des barrières pour racketter les usagers des routes ou percevoir des pots-de-vin auprès des transporteurs. Evoquant les causes, il a relevé qu’« elles tiennent notamment à la surcharge des véhicules et dépassant les tonnages autorisés, à la volonté des transporteurs de passer outre les règles et les normes établies, à l’impunité dont bénéficient les agents publics malgré la dénonciation des actes de corruption, à l’absence d’organisation citoyenne commise à la dénonciation de cette corruption, au non respect des créneaux horaires autorisés pour la circulation de certaines catégories de véhicules, ainsi que le harcèlement routier ». Aussi a-t-il ajouté qu’ « Assis où bon lui semble l’agent public attend que chauffeurs et passagers descendent de leurs voitures et viennent s’acquitter du droit de passage. La population qui emprunte les véhicules de transport en commun sur ces axes subit autant d’arrêts que de postes identifiés. Les chauffeurs leur épargnent les contrôles correspondants en se précipitant auprès des gendarmes et policiers de faction pour verser le droit de passage institué de fait et naturellement sans facture ».
En ce qui concerne le transport maritime, le locataire de l’Immeuble du 02 décembre, note que « cette corruption est le fait des armateurs, conscients des défaillances de leurs matériels et désireux de marchandises parfois interdites, mais aussi des agents publics qui extorquent des pots-de-vin lors de l’entrée des navires pour l’exécution de procédures de routine ou les opérations de dédouanement. Ces demandes de gratification s’accompagnent généralement de menaces de retarder le passage du fret ou du navire. Craignant les retards volontairement créés par des ralentissements dans l’exécution des tâches de routine, les intéressés n’ont pas d’autres choix que de verser des pots-de-vin… ».
Au terme de ces deux interventions d’ouverture ont suivi les travaux structurés en panels ; autour de six thématiques, à savoir :
- Mécanismes de lutte contre la Corruption dans le secteur des transports ;
- Déclinaison et analyse des principaux dispositifs de délivrance des documents de transports ;
- La corruption dans le secteur des transports : son impact sur le développement durable ;
- Les risques de corruption dans le transport aérien au Gabon ;
- Les risques de corruption dans le transport ferroviaire au Gabon ;
- Le rôle des partenaires sociaux dans la lutte contre la Corruption au Gabon.
Des thématiques qui ont donné lieu à des débats de hautes factures, débouchant sur trois recommandations principales qui traduisent une convergence et une volonté manifeste de tous les protagonistes d’agir concrètement. Il s’agit de :
- L’élaboration d’une cartographie des risques pour cibler les foyers de corruption ;
- La conception d’une feuille de route destinée à renforcer la transparence et l’efficacité des infrastructures ;
- L’implication active des partenaires sociaux et des usagers dans la lutte contre les abus.